Histoire contemporaine · Cours 8

Le monde depuis 1945 : nouvelle donne géopolitique et fin des blocs

Après 1945, l’Europe cesse de dominer seule les relations internationales. États-Unis et URSS organisent deux blocs rivaux, tandis que la décolonisation fait émerger de nouveaux États. De 1989 à 1991, l’ordre bipolaire s’effondre sans faire disparaître les conflits.

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La grande idée

Un monde bipolaire, mais jamais seulement divisé en deux

La rivalité américano-soviétique structure les relations internationales, l’économie, les alliances et les conflits. Cependant, la Chine, les pays non-alignés, les États décolonisés, le Japon et l’Europe occidentale acquièrent progressivement leur propre poids.

Deux superpuissances

Les États-Unis et l’URSS disposent d’une puissance militaire, idéologique et diplomatique sans équivalent en 1945.

Un équilibre nucléaire

La capacité de destruction mutuelle rend un affrontement direct extrêmement risqué et favorise guerres indirectes et crises limitées.

De nouveaux acteurs

Les indépendances multiplient les États souverains, transforment l’ONU et contestent la domination des anciens empires.

Guerre froide ne signifie pas absence de guerre

Elle reste « froide » entre les deux superpuissances, qui évitent l’affrontement militaire direct. Mais Corée, Vietnam, Afghanistan, Angola et bien d’autres territoires connaissent des guerres meurtrières liées à cette rivalité.

1945–1949

La formation des deux blocs

La Grande Alliance contre l’Allemagne se défait lorsque les désaccords sur l’Europe libérée, l’Allemagne et les régimes politiques deviennent irréconciliables.

Le bloc occidental

  • Doctrine Truman d’endiguement du communisme en 1947
  • Plan Marshall d’aide à la reconstruction européenne
  • Démocraties libérales et économies de marché
  • Organisation européenne de coopération économique
  • OTAN créée en 1949

Le bloc soviétique

  • Doctrine Jdanov présentant le monde en deux camps
  • Démocraties populaires imposées en Europe orientale
  • Kominform en 1947 et CAEM en 1949
  • Économies planifiées et partis communistes dominants
  • Pacte de Varsovie créé en 1955
DimensionBloc occidentalBloc soviétique
PolitiquePluralisme électoral proclamé et démocratie représentative.Parti communiste dominant ou unique et démocratie populaire.
ÉconomiePropriété privée et marché, avec intervention variable de l’État.Propriété étatique dominante, collectivisation et planification.
AllianceLeadership américain, aide Marshall et OTAN.Leadership soviétique, CAEM et pacte de Varsovie.
DiscoursDéfense du « monde libre » et endiguement.Anticapitalisme, antifascisme et soutien proclamé aux révolutions.

L’Allemagne au cœur de la division

Le blocus de Berlin de 1948–1949 échoue face au pont aérien occidental. En 1949 naissent la République fédérale d’Allemagne à l’Ouest et la République démocratique allemande à l’Est. Berlin demeure le principal symbole de la guerre froide européenne.

Confronter sans s’affronter directement

Les principales crises de la guerre froide

Berlin

Blocus en 1948–1949, crises diplomatiques puis construction du mur en août 1961 pour arrêter l’exode depuis la RDA.

Corée

De 1950 à 1953, le Nord communiste et le Sud soutenu par l’ONU s’affrontent ; la Chine intervient, mais l’URSS et les États-Unis évitent une guerre directe.

Cuba

En octobre 1962, des missiles soviétiques installés à Cuba provoquent une confrontation nucléaire, résolue par un compromis entre Kennedy et Khrouchtchev.

Vietnam

Les États-Unis interviennent massivement contre le Nord communiste avant de se retirer en 1973 ; le Vietnam est réunifié sous régime communiste en 1975.

Dissuasion nucléaire

Chacun sait qu’une première frappe pourrait entraîner des représailles dévastatrices. Cette « destruction mutuelle assurée » limite l’escalade centrale.

Guerres périphériques

Les superpuissances arment, financent ou conseillent des alliés locaux afin d’étendre leur influence sans se combattre directement.

Course technologique

Armes, satellites et conquête spatiale servent la sécurité autant que le prestige : Spoutnik en 1957, Gagarine en 1961, Lune en 1969.

Endiguement

Politique américaine visant à empêcher l’extension du communisme sans rechercher nécessairement la destruction militaire de l’URSS. Elle combine aide économique, alliances, bases, soutien politique et interventions armées.

La fin des empires coloniaux

La décolonisation transforme la carte du monde

Affaiblies par la guerre, contestées par les mouvements nationalistes et confrontées à un nouvel environnement international, les puissances coloniales accordent ou subissent les indépendances.

Affaiblissement européen

La guerre a ruiné les métropoles et montré qu’elles pouvaient être vaincues ou dépendre de leurs colonies.

Nationalismes

Élites, partis, syndicats et mouvements armés réclament souveraineté, égalité et contrôle des ressources.

Contexte international

L’ONU proclame le droit des peuples ; États-Unis et URSS soutiennent sélectivement certaines indépendances selon leurs intérêts.

Des voies différentes

Négociations relativement pacifiques ou guerres longues et violentes dépendent des colonies, des colons et des choix métropolitains.

RepèreProcessusPortée
Inde, 1947Indépendance négociée du Royaume-Uni, accompagnée de la partition avec le Pakistan.Déplacements massifs et violences intercommunautaires.
Indochine, 1946–1954Guerre entre la France et le Việt Minh, achevée après Điện Biên Phủ.Accords de Genève et division provisoire du Vietnam.
Algérie, 1954–1962Guerre de décolonisation impliquant FLN, armée française, populations civiles et Européens d’Algérie.Accords d’Évian et indépendance en juillet 1962.
Afrique, 1960Dix-sept colonies africaines deviennent indépendantes durant « l’année de l’Afrique ».Transformation rapide de l’Assemblée générale de l’ONU.

Indépendance politique ne signifie pas autonomie complète

Frontières coloniales, dépendance commerciale, dette, faiblesse administrative et interventions étrangères limitent parfois la souveraineté réelle des nouveaux États. La décolonisation ouvre un processus de construction nationale, elle ne le termine pas.

Échapper à l’alignement

Tiers-monde et non-alignement

Les nouveaux États refusent d’être de simples terrains de la rivalité Est-Ouest et cherchent à peser collectivement sur les relations internationales.

Bandung, 1955

Vingt-neuf pays africains et asiatiques condamnent colonialisme et racisme, défendent coexistence pacifique et coopération.

Belgrade, 1961

Nehru, Nasser, Tito, Sukarno et Nkrumah figurent parmi les grandes références du mouvement des non-alignés.

Un nouvel agenda

Développement, prix des matières premières, souveraineté économique et nouvel ordre économique international sont portés à l’ONU.

Non-aligné ne signifie pas neutre

Les États non-alignés peuvent se rapprocher ponctuellement d’un bloc, recevoir son aide ou adopter une position militante. Le mouvement cherche surtout l’autonomie diplomatique et refuse l’appartenance formelle aux alliances militaires des superpuissances.

De l’apaisement au regain des tensions

Détente et « guerre fraîche »

Après Cuba, les superpuissances cherchent à encadrer la compétition nucléaire sans abandonner leurs intérêts ni leurs alliances.

La détente

Téléphone rouge, traités nucléaires, Ostpolitik et accords d’Helsinki réduisent certains risques et reconnaissent les frontières européennes.

Des conflits persistants

Vietnam, Moyen-Orient, Afrique et Amérique latine restent des espaces de confrontation, de coups d’État et de guerres par alliés interposés.

Le regain après 1979

Invasion soviétique de l’Afghanistan, crise des euromissiles et politique ferme de Reagan relancent course aux armements et tensions.

La Chine modifie le jeu

La rupture sino-soviétique montre que le monde communiste n’est pas monolithique. Le rapprochement sino-américain au début des années 1970 introduit une diplomatie triangulaire entre Washington, Moscou et Pékin.

Un monde plus complexe

La diversification des centres de puissance

Europe occidentale

La construction communautaire favorise paix, reconstruction et marché commun, sans produire encore une puissance militaire unifiée.

Japon

Soutenu par les États-Unis, il connaît une croissance rapide et devient une grande puissance industrielle et commerciale.

Chine

Communiste depuis 1949, puissance nucléaire en 1964, elle entre à l’ONU en 1971 puis se réforme économiquement sous Deng Xiaoping.

Pays producteurs de pétrole

L’OPEP et le choc pétrolier de 1973 montrent le pouvoir stratégique des ressources et la vulnérabilité énergétique occidentale.

La bipolarité s’érode avant 1991

L’existence de deux blocs militaires demeure structurante, mais la puissance économique japonaise et européenne, l’autonomie chinoise et l’affirmation du Sud rendent déjà le système international moins strictement bipolaire.

1985–1991

L’effondrement du bloc soviétique

Les réformes de Gorbatchev tentent de sauver le système soviétique, mais libèrent des critiques et des aspirations nationales que le pouvoir ne peut plus contenir.

Crise structurelle

Stagnation économique, pénuries, retard technologique, coût militaire et perte de légitimité affaiblissent l’URSS.

Perestroïka

Gorbatchev cherche à restructurer l’économie sans disposer d’un mécanisme stable de transition vers le marché.

Glasnost

La transparence libère débat public, mémoire des crimes staliniens et critique du parti communiste.

Fin de la contrainte

Moscou renonce à intervenir militairement pour maintenir les régimes communistes d’Europe orientale.

DateÉvénementSignification
1989Révolutions pacifiques ou négociées en Europe orientale ; chute du mur de Berlin le 9 novembre.Effondrement des démocraties populaires et ouverture des frontières du bloc.
1990Réunification allemande le 3 octobre.La division centrale de l’Europe issue de 1945 disparaît.
1991Dissolution du pacte de Varsovie, échec du putsch d’août et indépendance des républiques soviétiques.Disparition du bloc militaire oriental puis de l’URSS le 26 décembre.

Pourquoi l’expression « fin des blocs » doit être nuancée

Le bloc soviétique et le pacte de Varsovie disparaissent. L’OTAN, elle, subsiste et s’élargira après 1991. Il s’agit donc surtout de la fin de la bipolarité et de la dissolution du bloc oriental, non de la disparition symétrique de toutes les alliances.

Les repères indispensables

De la bipolarisation à la disparition de l’URSS

1947

Rupture entre les anciens Alliés

Doctrines Truman et Jdanov, plan Marshall et Kominform structurent deux camps rivaux.

1949

OTAN, deux Allemagnes et Chine communiste

L’année consolide les blocs tout en faisant émerger un nouvel acteur majeur en Asie.

1955

Bandung et pacte de Varsovie

La bipolarisation militaire s’affirme au moment même où les pays afro-asiatiques revendiquent leur autonomie.

1961

Mur de Berlin et non-alignement

Le symbole de la division européenne est construit ; le mouvement des non-alignés se réunit à Belgrade.

1962

Crise des missiles de Cuba

La confrontation nucléaire conduit les superpuissances à mieux encadrer leur rivalité.

1975

Helsinki et fin de la guerre du Vietnam

La détente européenne culmine tandis que Saïgon tombe et que le Vietnam est réunifié.

1979

Nouveau durcissement

L’intervention soviétique en Afghanistan ouvre une période de fortes tensions.

1989–1991

Fin de l’ordre bipolaire

Chute du mur, réunification allemande, dissolution du pacte de Varsovie puis disparition de l’URSS.

Entraînement

Deux exemples de QRC corrigées

Exemple de QRC nº 1Pourquoi le monde devient-il bipolaire après 1945 ?

Il faut expliquer la rupture de l’alliance et la structuration concrète des blocs.

Réponse possible : après 1945, les États-Unis et l’URSS sont les deux principales puissances militaires et idéologiques, tandis que l’Europe est affaiblie. Leurs désaccords sur l’avenir de l’Allemagne et de l’Europe orientale rompent la Grande Alliance. En 1947, la doctrine Truman veut contenir le communisme et le plan Marshall soutient la reconstruction occidentale ; la doctrine Jdanov présente en retour le monde comme divisé en deux camps. Chaque superpuissance organise ensuite son bloc par des institutions économiques et militaires, notamment l’OTAN en 1949 et le pacte de Varsovie en 1955. Le monde devient bipolaire parce que la rivalité des deux superpuissances structure alliances, économies et conflits.
Exemple de QRC nº 2Pourquoi le bloc soviétique s’effondre-t-il entre 1989 et 1991 ?

La réponse doit associer crise interne, réformes et choix diplomatique de Gorbatchev.

Réponse possible : le bloc soviétique est fragilisé par la stagnation économique, les pénuries, le coût de la course aux armements et la perte de légitimité des régimes communistes. À partir de 1985, Gorbatchev lance la perestroïka et la glasnost afin de réformer l’URSS, mais ces politiques libèrent les critiques sans rétablir l’économie. Surtout, Moscou renonce à employer la force pour maintenir les gouvernements d’Europe orientale. En 1989, ceux-ci s’effondrent et le mur de Berlin tombe. Les nationalismes progressent ensuite dans les républiques soviétiques ; après l’échec du putsch d’août 1991, l’URSS disparaît en décembre.

Le piège classique

La chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, ne provoque pas immédiatement la disparition de l’URSS. Elle symbolise l’effondrement du bloc oriental ; l’Allemagne est réunifiée en 1990 et l’Union soviétique disparaît à la fin de 1991.

Révision rapide

La fiche mémo à retenir

1

Bipolarisation

Deux superpuissances structurent des blocs politiques, économiques, idéologiques et militaires.

2

Guerre froide

Dissuasion et crises évitent la guerre directe, mais alimentent de nombreux conflits périphériques.

3

Décolonisation

Les nouveaux États transforment l’ONU, portent le non-alignement et contestent les dépendances.

4

1989–1991

Le bloc oriental, le pacte de Varsovie puis l’URSS disparaissent et closent la bipolarité.

Le fil directeur

Affaiblissement européen → deux superpuissances → formation des blocs → crises et dissuasion → décolonisation et diversification des puissances → réforme soviétique → chute du bloc oriental → disparition de l’URSS.

Questions fréquentes

Vérifier sa compréhension

La guerre froide commence-t-elle exactement en 1947 ?

1947 marque sa formulation officielle et la structuration des camps, mais les tensions entre anciens Alliés apparaissent dès 1945–1946. La périodisation reste donc conventionnelle.

Les États-Unis et l’URSS se combattent-ils directement ?

Non, ils évitent une guerre ouverte entre leurs armées, notamment en raison du risque nucléaire. Ils s’affrontent par alliances, propagande, espionnage, armements et guerres indirectes.

La décolonisation est-elle causée uniquement par la guerre froide ?

Non. Elle repose d’abord sur les nationalismes coloniaux et l’affaiblissement des métropoles. La rivalité Est-Ouest influence ensuite les soutiens, les conflits et les trajectoires des nouveaux États.

Le tiers-monde désigne-t-il seulement les pays pauvres ?

À l’origine, l’expression désigne surtout les pays ne relevant ni du bloc occidental ni du bloc soviétique et revendiquant une place politique. Elle acquiert ensuite une signification économique plus large et discutée.

La détente met-elle fin à la guerre froide ?

Non. Elle encadre la rivalité et réduit certains risques, mais les conflits périphériques et la course aux armements continuent. Les tensions s’aggravent à nouveau après 1979.

La disparition de l’URSS était-elle voulue par Gorbatchev ?

Non. Il voulait réformer et préserver une Union soviétique renouvelée. Les crises économiques, les revendications nationales et les luttes politiques dépassent finalement son projet.

Sources utiles : Vie publique – ONU, OTAN – histoire de la guerre froide et CVCE – Europe et guerre froide.