QRC Droit › Cours 2
Droit · Règlement des litiges

Le litige, la preuve et le recours au juge

Comprenez comment naît un litige, qui doit prouver ses prétentions, quels éléments peuvent être présentés au juge et comment une personne peut faire reconnaître ses droits.

Naissance du différend

Qu’est-ce qu’un litige ?

Un simple désaccord ne devient juridiquement un litige que lorsque des personnes s’opposent sur l’existence, l’étendue ou l’exercice d’un droit.

Définition

Un litige est un différend juridique opposant au moins deux personnes, chacune formulant des prétentions incompatibles fondées sur des faits et des règles de droit.

Les faits

Ce sont les événements à l’origine du différend : facture impayée, marchandise non livrée, dommage, licenciement ou décision administrative.

Les prétentions

Elles correspondent à ce que chaque partie demande : paiement, remboursement, réparation, annulation, exécution d’une obligation ou rejet de la demande adverse.

Les moyens

Ce sont les arguments de fait et de droit utilisés pour justifier les prétentions présentées.

Exemple

Un client affirme qu’un artisan a mal exécuté des travaux et demande leur reprise. L’artisan soutient que les travaux sont conformes. Les faits sont les travaux réalisés, les prétentions sont leur reprise ou le rejet de la demande, et chaque partie devra apporter les éléments permettant de défendre sa position.

Demandeur et défendeur

Le demandeur est la personne qui engage l’action en justice. Le défendeur est la personne contre laquelle la demande est formée. Être demandeur ne signifie pas automatiquement avoir raison : le juge tranche après examen des arguments et des preuves.

Démontrer ses prétentions

Sur qui repose la charge de la preuve ?

Devant le juge, il ne suffit pas d’affirmer qu’un droit existe. Chaque partie doit établir les faits nécessaires au succès de sa demande ou de sa défense.

Principe de l’article 1353 du Code civil

Celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver. Celui qui affirme être libéré doit, à son tour, prouver le paiement ou le fait qui a éteint cette obligation.

Le demandeur doit établir sa créance

Une personne qui réclame le paiement d’une somme doit démontrer l’existence de l’obligation : contrat, facture acceptée, reconnaissance de dette ou autre élément recevable.

Le défendeur doit établir sa libération

Si le défendeur reconnaît l’obligation mais affirme avoir déjà payé, il doit apporter la preuve de ce paiement, par exemple avec un reçu ou un relevé bancaire.

La charge peut se déplacer

La preuve n’incombe pas toujours définitivement à la même partie. Lorsqu’une première partie établit l’existence de l’obligation, l’autre peut devoir prouver qu’elle l’a exécutée ou qu’un événement a entraîné son extinction.

Établir la réalité d’un fait

Les principaux modes de preuve

Tous les éléments présentés au juge n’ont pas la même force probante. Leur admissibilité dépend notamment de la nature de ce qui doit être prouvé.

La preuve écrite

Elle peut prendre la forme d’un acte authentique, d’un acte sous signature privée, d’un contrat, d’un courrier ou d’un écrit électronique répondant aux conditions légales.

Le témoignage

Une personne relate des faits qu’elle a personnellement constatés. Son témoignage peut être recueilli oralement ou au moyen d’une attestation.

Les présomptions

Elles permettent de déduire l’existence d’un fait inconnu à partir d’un ou plusieurs faits connus. Elles peuvent être prévues par la loi ou appréciées par le juge.

L’aveu

Une partie reconnaît un fait susceptible de produire contre elle des conséquences juridiques.

Le serment

Une partie affirme solennellement la réalité d’un fait. Il existe différentes formes de serment dont la portée juridique varie.

L’expertise

Lorsque le litige comporte une difficulté technique, un expert peut éclairer le juge. Son rapport apporte une analyse, mais le juge reste libre de sa décision.

Élément à prouver Principe Exemples
Acte juridique Manifestation de volonté destinée à produire des effets de droit. Un écrit est exigé dans certaines situations, notamment au-delà du seuil fixé par les textes. Contrat de vente, bail, reconnaissance de dette.
Fait juridique Événement ou comportement produisant des effets juridiques sans que ceux-ci aient nécessairement été recherchés. La preuve est en principe libre. Accident, dommage, naissance, comportement fautif.

Preuve libre ne signifie pas preuve déloyale

Lorsqu’un fait peut être prouvé par tout moyen, les éléments produits doivent encore respecter les règles de recevabilité et le droit à un procès équitable. Le juge apprécie leur valeur et peut écarter un élément irrégulier ou insuffisant.

L’écrit électronique

Un écrit électronique peut avoir la même force probante qu’un écrit sur papier lorsque la personne dont il émane peut être correctement identifiée et que son établissement et sa conservation garantissent son intégrité.

Éviter ou interrompre le procès

Les modes amiables de règlement du litige

Le recours au juge n’est pas toujours la première ou la seule solution. Les parties peuvent rechercher un accord amiable, parfois avec l’aide d’un tiers.

La négociation directe

Les parties échangent entre elles pour trouver une solution : paiement échelonné, remboursement, reprise des travaux ou indemnisation.

La conciliation

Un conciliateur de justice aide gratuitement les parties à rechercher un accord et peut leur proposer une solution.

La médiation

Un médiateur indépendant et impartial rétablit le dialogue et aide les parties à construire elles-mêmes une solution négociée.

La procédure participative

Les parties, assistées de leurs avocats, concluent une convention afin de rechercher ensemble un règlement du différend.

La transaction

Les parties terminent ou préviennent un litige au moyen d’un contrat comportant des concessions réciproques.

L’homologation

Dans certaines situations, les parties peuvent demander au juge de valider leur accord afin de lui donner une force permettant son exécution.

Une tentative parfois obligatoire

Pour certains litiges civils, une tentative préalable de conciliation, de médiation ou de procédure participative peut être exigée avant la saisine du tribunal, sauf exception prévue par les textes.

Faire trancher le différend

Le recours au juge

Lorsque la solution amiable échoue ou n’est pas adaptée, une partie peut saisir une juridiction. Elle doit identifier l’ordre de juridiction et le tribunal compétents.

J

L’ordre judiciaire

Il règle les litiges entre personnes privées et sanctionne les auteurs d’infractions.

  • Juridictions civiles : tribunal judiciaire, tribunal de commerce, conseil de prud’hommes.
  • Juridictions pénales : tribunal de police, tribunal correctionnel, cour d’assises ou cour criminelle.
  • Juridiction suprême : Cour de cassation.
A

L’ordre administratif

Il juge principalement les litiges opposant une personne à une administration ou plusieurs personnes publiques.

  • Premier ressort : tribunal administratif.
  • Appel : cour administrative d’appel, sauf exceptions.
  • Juridiction suprême : Conseil d’État.

La compétence d’attribution

Elle détermine la juridiction compétente selon la nature du litige : travail, commerce, contrat civil, infraction ou décision administrative.

La compétence territoriale

Elle permet de déterminer le tribunal géographiquement compétent. Le principe et ses exceptions dépendent de la matière concernée.

Attention aux délais

Une action en justice doit être engagée dans le délai applicable. À l’expiration du délai de prescription ou de recours, la demande peut devenir irrecevable, même si la personne estimait initialement avoir raison sur le fond.

Déroulement général

Les principales étapes d’une action en justice

Les règles précises varient selon la juridiction, mais une procédure contentieuse suit généralement une progression identifiable.

1 Saisine Le demandeur introduit l’action par une requête, une assignation ou un autre acte prévu par la procédure.
2 Échange Les parties présentent leurs demandes, arguments et pièces en respectant le principe du contradictoire.
3 Instruction L’affaire est préparée. Le juge peut ordonner certaines mesures, notamment une expertise.
4 Audience Les prétentions sont examinées selon les règles propres à la juridiction saisie.
5 Décision Le juge tranche le litige par une décision motivée susceptible, selon les cas, d’une voie de recours.

Le principe du contradictoire

Chaque partie doit pouvoir connaître et discuter les demandes, arguments et pièces présentés par l’autre. Le juge ne peut normalement fonder sa décision sur un élément qui n’a pas été soumis au débat.

Contester une décision

Les principales voies de recours

Une partie insatisfaite peut parfois demander un nouvel examen de l’affaire. Le recours disponible dépend de la décision rendue et des règles de procédure applicables.

L’appel

L’appel permet en principe de faire rejuger l’affaire en fait et en droit par une juridiction du second degré. La cour d’appel peut confirmer ou modifier la première décision.

Le pourvoi en cassation

La Cour de cassation ne rejuge pas normalement les faits. Elle vérifie si les juges précédents ont correctement appliqué les règles de droit.

L’opposition

Dans certains cas, une personne jugée en son absence peut demander à la juridiction ayant rendu la décision de réexaminer l’affaire.

Les recours administratifs

Une décision administrative peut parfois faire l’objet d’un recours gracieux ou hiérarchique avant ou parallèlement à la saisine du juge, selon les règles applicables.

Appel et cassation : la différence fondamentale

La cour d’appel peut réexaminer les faits et le droit. La Cour de cassation contrôle principalement la bonne application du droit. Elle n’est donc pas un troisième degré de juridiction chargé de rejuger entièrement le litige.

Entraînement

Deux exemples de réponses courtes

Pour réussir une QRC juridique, définissez le principe, présentez ses éléments et terminez par sa conséquence pratique.

Exemple de QRC nº 1 Sur qui repose la charge de la preuve d’une obligation ?

La question demande un principe et son mécanisme réciproque. Il ne faut pas dresser la liste de tous les modes de preuve.

Réponse possible : selon l’article 1353 du Code civil, celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit en prouver l’existence. Réciproquement, celui qui affirme être libéré doit justifier le paiement ou le fait ayant entraîné l’extinction de l’obligation. La charge de la preuve peut donc se déplacer d’une partie à l’autre au cours du litige.
Exemple de QRC nº 2 Distinguez l’appel du pourvoi en cassation.

La distinction essentielle porte sur l’étendue du contrôle exercé par la juridiction saisie.

Réponse possible : l’appel permet, lorsqu’il est ouvert, de faire réexaminer une affaire en fait et en droit par une juridiction du second degré. Le pourvoi en cassation ne conduit pas à un nouvel examen complet des faits : la Cour de cassation vérifie principalement que la décision contestée respecte les règles de droit.
Révision rapide

La fiche mémo à retenir

Vous devez pouvoir restituer ces quatre points sans revenir au cours.

1

Le litige

Il oppose des prétentions incompatibles fondées sur des faits et des règles de droit.

2

La charge de la preuve

Celui qui réclame l’exécution d’une obligation la prouve ; celui qui se dit libéré prouve le paiement ou l’extinction.

3

Les modes de preuve

Écrit, témoignage, présomption, aveu et serment constituent les principaux modes de preuve.

4

Le recours au juge

Il faut identifier la juridiction compétente, respecter les délais et présenter les demandes, arguments et preuves contradictoirement.

Le réflexe QRC

Pour analyser un litige, cherchez successivement : les parties, les faits, les prétentions, la règle applicable, la preuve et la juridiction compétente.

Questions fréquentes

Vérifier sa compréhension

Celui qui engage le procès a-t-il toujours la charge de toutes les preuves ?

Non. Le demandeur doit prouver les faits nécessaires au succès de sa demande. Le défendeur doit, de son côté, établir les faits sur lesquels il fonde sa défense, par exemple le paiement de la dette.

Un fait juridique doit-il toujours être prouvé par écrit ?

Non. Les faits juridiques peuvent en principe être prouvés par tout moyen, sous réserve des règles de recevabilité et de loyauté applicables.

Un courriel peut-il servir de preuve ?

Oui. Un courriel peut constituer un élément de preuve. Sa valeur dépend notamment de la possibilité d’identifier son auteur, de garantir son intégrité et du contexte dans lequel il est produit.

Faut-il obligatoirement tenter un accord avant tout procès ?

Pas dans toutes les situations. Cependant, une tentative amiable peut être obligatoire pour certains litiges. Même lorsqu’elle ne l’est pas, elle peut permettre une résolution plus rapide et moins coûteuse.

La Cour de cassation peut-elle déclarer directement qui a raison sur les faits ?

Elle ne rejuge normalement pas les faits. Elle contrôle la conformité juridique de la décision. Si elle casse celle-ci, l’affaire peut être renvoyée devant une autre juridiction afin d’être rejugée.

Sources utiles : Code civil, article 1353, Code civil, admissibilité des modes de preuve, Service public, accord amiable et Justice.fr, juridictions de recours.